#02

Conteneurs

Lanvellec, Côtes-d'Armor (22)

02. Conteneurs axo blanche.jpg

Autoconstruction
Sandra et Yannick


Architecte
Catherine Rannou
 

Technique
3 conteneurs réemployés

Fondations
Solivage bois sur plots béton

Surface
109 m²

 

Coût
80.000€

 

Livraison

2009

"L'autoconstruction à

portée de main"

DÉCRYPTAGE

Si vous aimez flâner, vous la trouverez peut-être. En Côtes d’Armor, il y a le pays du Trégor. Et dans ce pays, il y a Lanvellec, une commune en front de mer. Et dans cette commune, il y a une maison… Une maison en conteneurs ! Combien de fées se sont penchées dessus ? Nul ne le sait. Mais deux autoconstructeurs et une architecte ont fait en sorte qu’elle existe.

Des millions de caissons métalliques à forme parallélépipédique gravitent autour du monde chaque jour. Trois d’entre eux, fatigués de voyager, cabossés par les chocs, aspiraient à une vie sédentaire après quinze ans de bons et loyaux services. Ils croyaient avoir trouvé une retraite paisible dans le port du Havre… quand un jour de 2007 Yannick et Sandra sont tombés dessus ! 
Qu’on se le dise, ces trois conteneurs de 6x2,50x 2,50m deviendraient leur maison ! L’un accueillerait le séjour, le deuxième la cuisine et une chambre, le troisième la salle de bains et une autre chambre. Sandra et Yannick imaginaient. Mais comment faire pour réaliser ce rêve ? Vu leur manque de connaissances en matière de bricolage, les conteneurs leur paraissaient la solution la plus intéressante et la plus simple techniquement. Mais même ce simple restait encore compliqué pour des néophytes. Catherine Rannou, architecte /artiste, a été la seconde rencontre décisive après les conteneurs du Havre. Ils ont été trois à vouloir la maison. Et à trois, ils l’ont faite.
La maison en conteneurs existe aujourd’hui depuis une douzaine d’années. Elle est viable, belle, fonctionnelle. Sans Yannick et Sandra, elle n’aurait pu vu le jour. Mais sans Catherine, elle n’aurait pas pu être bâtie.

...

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DE LA MAISON EN CONTENEURS

Acheminés depuis le port du Havre par camion transporteur, les trois conteneurs ont été implantés sur le solivage en bois avec une grue, le temps d'une journée

La couverture en polyester couvre 273m² de surface au sol. Elle offre des espaces extérieurs protégés et généreux sur les abords de la maison.

ANATOMIE

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ENTRETIEN

L'experte

Christine Leconte

Architecte urbaniste et maître de conférences associée à l’ENSA Versailles, Christine Leconte a exercé 8 ans au CAUE de l’Essonne. Avec pour mission de sensibiliser les élus au développement d’un urbanisme conscient de son environnement en insistant sur l’analyse des sites, la place de l’homme dans les projets et la recherche des ressources locales qui en permettent une approche raisonnée. Élue depuis 2013 au Conseil régional de l’Ordre des architectes d’Île-de-France, elle y a exercé la fonction de Secrétaire générale du bureau avant d'en devenir présidente en octobre 2017.

ADʼA L’architecte peut-il être une plus-value pour les projets d’autoconstruction ?


C.L Le métier d’architecte est fondé sur des valeurs sociales, économiques et environnementales tendant à répondre aux besoins premiers des communautés humaines et citoyennes en matière d’habitat. Il s’agit de construire des bâtiments sains, confortables et peu énergivores. Or, depuis un certain nombre d’années, circulent en France des idées reçues qui ont créé comme un schisme entre l’architecte et le reste de la société : l’architecte coûterait trop cher, il n’en ferait qu’à sa tête, il ne serait là que pour les grands projets, pas pour l’architecture du quotidien, il serait réservé aux riches, etc. Il faut réparer cette cassure en redéfinissant notre rôle d’architecte en amont du projet : nous devons faire comprendre à quoi sert l’architecture.

Cela veut dire qu’au lieu d’apporter un projet ficelé et clés en main, il faut de plus en plus associer l’habitant tout au long du processus de conception. Nous avons une obligation d’échange plus participatif pour provoquer le retour d’un désir pour l’architecture. Pour illustrer mon propos, il suffit de passer la frontière entre la France et la Belgique où ne s’est pas produit ce schisme entre les architectes et la société : l’architecte intervenant là-bas dès le premier mètre carré… Que voyons-nous ? En France, des lotissements en nappe uniforme avec des maisons sur

catalogue sans enjeu environnemental, des enduits bas de gamme, des fenêtres PVC, la même clôture Leroy Merlin ou autre pour tout le monde… Bref, la caricature du pavillon cloné pour coûter le moins cher possible et posé au sol sans recherche urbaine cohérente tout en nous étant vendue comme la maison de nos rêves. Ce qui vaut pour l’habitat individuel vaut également pour les projets d’autoconstruction : l’architecte peut y jouer son rôle pour orienter les habitants afin de construire mieux.

Faudrait-il des agences d’architectes ayant pignon sur rue comme des boutiques pour leur rendre de la visibilité auprès des citoyens-consommateurs ?

 

Pourquoi pas ? D’ailleurs, les jeunes architectes commencent un peu à y revenir. Après, c’est plus facile à réaliser dans des petites villes de province qu’à Paris. Et il faut savoir qu’environ 30 % des architectes français sont concentrés en Ile-de-France – soit 10 000 sur 30 000, chiffre d’ailleurs beaucoup trop faible par rapport à la taille de notre pays. Mais bien sûr, l’idée d’un « architecte de campagne » comme on parle d’un médecin de campagne est à prendre en considération avec sérieux : il ne peut y avoir de désert architectural. Cet architecte de proximité est aussi celui à qui vous venez demander : « Tiens, j’ai le perron de mon escalier à refaire, comment je m’y prends ?», etc.

Comment voyez-vous cette redéfinition du rôle de l’architecte telle que l’illustre la maison conteneur de Yannick et Sandra ?

Je la trouve extrêmement positive. L’architecture n’appartient pas aux architectes. Il faut qu’elle ouvre ses portes à tous : cette maison est une oeuvre collective entre Sandra, Yannick et l’architecte. Elle démontre les vertus de l’appropriation de l’architecture.

Et c’est dans sa galerie ayant pignon sur rue que Catherine Rannou, architecte / artiste, a fait la rencontre de Sandra et Yannick…

Cette façon de se positionner est très intéressante chez Catherine Rannou. Le fait qu’elle présente son travail d’artiste modelant la terre dans son agence/galerie montre tout de suite qu’elle partage des goûts et des valeurs qui vont au-delà de son métier d’architecte. Elle touche autrement la sensibilité des gens comme si elle leur annonçait : « N’entrez pas ici pour passer une commande mais pour créer avec moi un désir de concevoir. » On voit bien là tout le spectre possible de la richesse et de la diversité du métier d’architecte dans ses approches comme dans ses modalités d’exercice. À chaque architecte de construire son propre parcours qui va lui permettre de rentrer dans un contact humain avec les gens comme a si bien su le faire Catherine. C’est d’autant plus vrai dans le cas d’une maison individuelle où la question de l’intime est si forte. Pour la plupart des gens, c’est la première fois et peut-être la seule où ils vont investir tout leur argent et toute leur énergie dans cet acte vital : créer un lieu d’habitation pour leur existence tout entière. Comment dire ? il y a là-dedans comme une psychanalyse spatiale et artistique car il s’agit en quelque sorte de conceptualiser son rapport à l’intimité, à la chambre, au souci de soi et des siens, mais aussi au dehors, à la nature…Répondre à ces puissantes exigences intimes réclame donc beaucoup de sensibilité et d’empathie de la part des architectes. Des qualités qui ont été trop souvent délaissées ces dernières décennies. Il faut absolument y revenir. Avec des autoconstructeurs, un conseil ou un dessin parfois suffira, parfois un accompagnement dans la durée s’imposera. En se rappelant, sur un plan pratique, qu’ils doivent rester capables de réparer leur maison comme ils l’ont construite. Ce que plus personne ne sait faire, comme pour les voitures, dans notre monde envahi par les machines et la technologie. En réalité, l’architecte doit toujours garder présent à l’esprit que l’architecture est un acte social et citoyen – une forme d’engagement politique au sens le plus noble du terme.

EN CHIFFRES

3
C'est le nombre de conteneurs de 40 pieds 
(12 mètres) qui composent cette maison de 109 m².


3743 €
C'est le prix d'un conteneur, remis à neuf, découpé, préparé et transporté sur le site.


15 ans
C'est la durée de vie des conteneurs maritime 
en activité. Ils sont ensuite stockés 
dans des ports.


500 m2
De panneaux de liège de 5 centimètres 
comme isolant imputrescible posé à l’intérieur. 
Le liège provient du Portugal (distance parcourue : 1 600 km).

Profil habitant

POUR EN SAVOIR PLUS SUR LA MAISON CONTENEURS :

paru aux éditions alternatives

si vous souhaitez être accompagnés pour réaliser vos projets de maisons écologiques

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