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#11

FUSTES

La Pesse, Jura (39)

"Entretenir un savoir-faire 
artisanal
"

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Habitant
Dominique

Technique
Rondins de bois empilés

Matériau
Douglas brut (bois local)

Entreprise
La Pessière

Surface
145 m2

Coût construction
2 250 euros / m2

Livraison
Décembre 2018

DÉCRYPTAGE

Acheminés depuis le port du Havre par camion transporteur, les trois conteneurs ont été implantés sur le solivage en bois avec une grue, le temps d'une journée

La couverture en polyester couvre 273m² de surface au sol. Elle offre des espaces extérieurs protégés et généreux sur les abords de la maison.

Nous attaquons notre grande remontée vers le nord en longeant la frontière suisse. Les journées se font plus courtes, les nuits plus fraîches. Le van toussote en prenant de l’altitude alors que nous arrivons dans les Hautes Combes, au cœur du Jura. Cet espace montagneux constitue la zone d’habitat à la fois la plus élevée et la moins peuplée du massif jurassien. Nous atteignons enfin La Pesse, commune où nous faisons étape aujourd’hui. 

La forêt majoritairement composée de résineux qui couvre plus de la moitié de son territoire est le gisement principal exploité par La Pessière, l’entreprise à laquelle nous rendons visite. Une entreprise de fustiers, artisans menuisiers constructeurs de maisons en rondins. La Pessière, qui tire son nom de son village d’implantation, a démarré son activité il y a trente-trois ans. Vingt-cinq salariés travaillent aujourd’hui dans cette entreprise composée d’un atelier de charpente et couverture, d’un atelier de menuiserie, d’un atelier de zinguerie, de trois bâtiments de montage et de trois bureaux. La Pessière totalise plus de trois cent cinquante constructions à son actif depuis sa création.
La construction en fustes, des rondins de bois empilés, est typique de la région. Rien que du bois, avec un effet visuel à la fois très puissant et très plaisant. Sobre et rudimentaire mais parfaitement élégante, la maison en fustes donne une envie irrésistible d’y entrer, de s’y installer et d’y vivre.
Les artisans fustiers de La Pessière ont repris les techniques constructives traditionnelles dont ils perpétuent les savoir-faire. Exploitant le bois local, embauchant de la main-d’œuvre locale, participant pleinement à l’économie de son territoire, leur entreprise possède toutes les qualités d’une écocitoyenneté exemplaire.

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DE LA MAISON EN FUSTES

Le bois, sur 30 cm d'épaisseur, arrive juste au seuil minimum acceptable de la réglementation en vigueur. Cependant, cette norme ne prend pas en compte l'hygromètrie ambiante.

Avec cette technique, il n'est pas nécessaire de chauffer beaucoup car l'air n'étant jamais trop humide,la sensation de confort demeure malgré de faibles températures extérieures.

ANATOMIE

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ENTRETIEN

Lʼexpert
François Beau

Charpentier de formation, François Beau crée et réalise ses ouvrages. Hache, scie, tarière, ciseau, bisaiguë sont ses outils de travail. Passionné, il contribue à la sauvegarde des savoir-faire manuels et du patrimoine bâti, par ses chantiers, mais aussi par des démonstrations, de la formation et des conférences. Selon lui, on met souvent en avant aujourd’hui, à juste titre d’ailleurs, les arguments techniques et environnementaux du bois : légèreté, performance mécanique, préfabrication, faibles nuisances, stockage carbone… Mais les dimensions historiques, esthétiques, culturelles, voire affectives lui paraissent tout aussi indissociables de ce type de construction. 

ADʼA : Quelle est ta démarche professionnelle ?

F.B : Je suis charpentier et chargé de projet. C’est-à-dire que je réalise les projets que je mets en place. Je travaille pour l’association Des hommes et des arbres. De manière très synthétique et didactique, on peut dire que c’est « une association qui fait de la charpente à la main avec des bois locaux et des gens ». En détaillant un peu, on peut ajouter : « bois locaux et architecture : approche non industrielle et métissée ». Souvent, quand on travaille à la main, on parle beaucoup de traditionnel, de méthode ancestrale, etc. En fait, c’est une connotation qui ne me plaît pas forcément. En tout cas, ce n’est pas du tout le registre dans lequel j’ai envie de m’inscrire. Je ne veux pas me faire enfermer dans une case. Notre démarche est aussi contemporaine, elle s’inspire d’un tas de données. Elle ne consiste pas à juste refaire ce qui s’est fait pendant des siècles mais se veut beaucoup plus vaste dans le temps et dans l’espace. 

Apprécies-tu de travailler avec des fustes ?

 

J’aime beaucoup cette technique qui nécessite très peu de transformations de la matière. On peut faire de la fuste avec des bois bruts juste écorcés. On valorise ainsi une matière locale tout en limitant considérablement le bilan carbone. Très souvent, le lieu d’extraction et le lieu de pose sont à proximité immédiate. Ensuite, au niveau manuel et mise en œuvre, l’outillage est rudimentaire. D’où la nécessité technique d’une bonne connaissance de la matière qui rend le travail passionnant (beaucoup plus que pour la maison en ossature bois par exemple). Si les matériaux ne sont pas vernis, c’est vraiment l’idéal, parce qu’ils seront compostables à terme et que leur cycle de vie sera respecté. Enfin, concernant le confort intérieur procuré par la fuste, qu’il soit thermique, phonique ou hygrométrique, moi j’adore.

 

Où en est la fuste en France aujourd’hui ?

 

La France montagneuse où poussent les résineux connaît une grande histoire de construction en fustes, comme tous les autres pays européens du nord où le climat est froid et où l’on trouve des résineux. Aujourd’hui, cette technique me semble tout à fait au goût du jour pour apporter des réponses à des problématiques environnementales. Elle permet une construction locale et garantit une très faible empreinte carbone. Culturellement et constructivement, elle a tout son sens en France. Mais on tombe parfois sur des aberrations administratives. Par exemple, la fuste n’est pas autorisée dans le parc du Vercors parce qu’elle n’y est pas considérée comme un habitat traditionnel alors qu’on a le droit de faire des maisons en parpaings. Il existe donc toute une ressource en bois et en résineux de qualité pour fabriquer un habitat qui serait hyper intéressant du point de vue environnemental parce qu’il valoriserait la ressource locale et qu’il serait en plus agréable à vivre, adapté au climat, etc.…

La gestion des forêts en France favorise-t-elle une technique comme la fuste ? Peut-elle la rendre réplicable un peu partout sur notre territoire ? 

En l’état actuel, non. Le transport qu’on fait subir au bois est souvent hallucinant. On exporte massivement le nôtre vers la Chine, le Pakistan et l’Inde.

Il est transformé là-bas, puis soit revendu sur place, soit renvoyé en France après un coup de rabot, une rainure ou une languette. Et nous rachetons ensuite notre propre bois en payant la plus-value des transformations. Grosso modo, le bois fait ainsi le tour de la planète avant d’arriver dans nos rayons… Et en même temps, dans la charpente bois conventionnelle en France, on utilise souvent des sapins du Nord traités. Ces sapins proviennent pour la plupart de Scandinavie, d’Europe centrale, de Russie en impactant une zone géographique très large. Et si l’on souhaite du bardage en bois, les deux options qui se présentent généralement sont le mélèze ou le red cedar. Des bois qui pour le coup proviennent d’encore plus loin, le red cedar du nord-ouest des États- Unis ou du sud-ouest du Canada, et le mélèze de Sibérie orientale. Dans tous les cas, des forêts boréales sont trop souvent massacrées par notre mauvaise exploitation. Quant au bilan carbone de tous ces bois lorsqu’ils arrivent en France, il est tout simplement désastreux. 
On pourrait faire tellement mieux. Et ce ne serait pas si compliqué en plus. En Bretagne par exemple, on ne trouve plus de forêts depuis longtemps. On a juste des haies, mais quand elles sont bien gérées, on hallucine sur la quantité de bois d’œuvre qu’on arrive à sortir à l’hectare. Cela montre qu’on n’est pas obligé de faire de l’intensif. Je pense qu’il y a des schémas à inventer, et qu’en agroforesterie on devrait réfléchir à des modèles un peu plus intelligents en arrêtant de massacrer l’environnement.

 

Une analyse sur la direction prise par la construction bois en ce moment ?

Quand je vais en Lettonie, je rencontre une culture bois encore très forte. Dans les discussions que je peux avoir là-bas, je perçois chez mes interlocuteurs une sensibilité profonde à la forêt. En France beaucoup moins, le bois reste un matériau méconnu, le milieu forestier en général l’est aussi. Une distance s’est créée : les gens vont acheter un tasseau à Leroy-Merlin au lieu de se rendre à la scierie du coin pour avoir un bois local de meilleure qualité au même prix ou moins cher. Il faut vraiment sensibiliser les publics là-dessus. 
Ce phénomène date seulement de l’après-guerre : les milieux forestiers et campagnards se sont dissociés à ce moment-là du milieu de la construction. Auparavant, un charpentier était souvent capable d’aller en forêt ou dans le bocage, de choisir des arbres et peut-être de les abattre, en tout cas de les transformer et de les mettre en œuvre sur place. De même, un bûcheron équarrissait assez souvent à la hache : bien qu’évoluant dans le milieu forestier, il était capable de transformer du bois brut en bois d’œuvre, une porosité beaucoup plus grande existait entre ressource et applications. 
Aujourd’hui malheureusement, le métier de charpentier commence chez Point P. Si on met un charpentier dans une forêt et qu’on lui demande : « Tu vois un épicéa, là ? », il sera incapable de faire la différence entre un épicéa et un pin maritime. Les liens entre les mondes de la forêt et de la charpente, du bois brut et du bois transformé, se sont complètement évanouis. Là aussi, il y aurait tout un réapprentissage des connaissances et des savoir-faire mutuels à reprendre. 

EN CHIFFRES

3
C'est le nombre de conteneurs de 40 pieds 
(12 mètres) qui composent cette maison de 109 m².


3743 €
C'est le prix d'un conteneur, remis à neuf, découpé, préparé et transporté sur le site.


15 ans
C'est la durée de vie des conteneurs maritime 
en activité. Ils sont ensuite stockés 
dans des ports.


500 m2
De panneaux de liège de 5 centimètres 
comme isolant imputrescible posé à l’intérieur. 
Le liège provient du Portugal (distance parcourue : 1 600 km).

Profil habitant

POUR EN SAVOIR PLUS SUR LA MAISON EN FUSTES :

paru aux éditions alternatives

si vous souhaitez être accompagnés pour réaliser vos projets de maisons écologiques

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