#03

KERTERRES

Beuzec, Finistère (29)

"Bonifier 
son environnement"

03.Kerterres axo blanche.jpg

Autoconstruction

Evelyne Adam


Technique
Boudins de chaux et chanvre

Typologie

1 kerterre pour 1 pièce

Surface

5 x 10 m²

Coût

500€ pour une kerterre

Travaux
3 semaines

Effectif

1 personne

À la pointe occidentale de l’Armorique, une bourgade de petites maisons mystérieuses résiste encore ! Peuplée de personnages créatifs, elle nous accueille pour la cinquième étape de notre Tour de France. 
Ce royaume des kerterres, Evelyne Adam l’a créé il y a une vingtaine d’années. Musicienne et Parisienne, elle a jeté son dévolu sur la Bretagne pour démarrer sa seconde vie. Dans la baie d’Audierne, sur la péninsule du Cap Caval à quelques kilomètres dans les terres, elle s’est installée sur un terrain à proximité du village de Beuzec. 
Là, elle a commencé à imaginer et à réaliser une sorte d’œuvre/lieu où l’habitat humain se fondrait harmonieusement dans son environnement végétal. Elle a inventé une maison/sculpture en chaux et en chanvre, la kerterre, facile à fabriquer et répliquer. Et elle a commencé à en poser une, puis deux, puis trois, puis bien d’autres, au milieu du « jardin jungle » qu’elle a développé en simultané. Accompagnée aujourd’hui de sa fille Adèle et de nombreux collaborateurs, Evelyne Adam reste fidèle à la vision holistique qu’elle a toujours voulu mettre en œuvre. Les kerterres ne sont pas pensées comme un simple habitat implanté, mais comme un tout où maisons, jardins et humains tendent à ne faire qu’un.
Utopie concrète visible par les yeux, vivable par les corps, les kerterres résonnent comme une ode au monde vivant. Mais aussi comme une implicite mais impitoyable critique de nos modes de vie urbanisés et bétonnés. L’empreinte humaine sur un site, selon Evelyne Adam, ne doit pas l’impacter en négatif mais au contraire le bonifier. Cette philosophie de l’habité serait-elle un simple retour à des âges anciens et à un rapport passéiste à la nature ? Ou bien peut-elle être vue comme une piste nécessaire pour continuer à pouvoir vivre en harmonie dans le monde préexistant et fini qu’il nous est donné d’habiter ?

DÉCRYPTAGE

Forte d'un important rayonnement médiatique, Evelyne Adam initie de nombreuses personnes intéressées par cette technique à travers des chantiers participatifs.

*Il y a eu le premier permis de construire déposé depuis "Ecodôme type kerterre". Par contre la loi sur la sculpture monumentale est en train d'être abrogée.

Ancienne enseignante de piano en région parisienne, Evelyne Adam a toujours eu un goût prononcé pour la nature. Elle habite depuis maintenant 20 ans à l’extrémité ouest de la côte bretonne en périphérie du village de Beuzec avec sa fille Adèle. Ayant trouvé le lieu pour exprimer sa créativité, dès son installation elle commence à construire de façon empirique une sorte d’igloo en terre qui deviendra la première kerterre. 

Sans connaissances préalables dans le domaine de la construction, elle laisse libre cours à ses désirs d’expérimentation. En creusant la terre du jardin, elle trouve un sol argileux qu’elle mélange avec les herbes hautes. 
Uniquement guidée par son intuition, elle réussit à produire une structure sans coffrage ni armature constituée de fibres végétales et de terre argileuse. Elle donne à ce coup d‘essai le nom de « kerterre », combinaison de « ker » qui veut dire « maison » en breton, et de « terre », la matière matrice issue du sol. Une première construction qui tient toujours debout aujourd’hui et qu’on appelle affectueusement la grand-mère des kerterres. Cette réussite initiale a donné envie à Evelyne d’améliorer le processus. Au fil des ans, elle a réalisé avec ses équipes des kerterres de plus en plus abouties en chaux et chanvre incluant de nombreux détails et apports supplémentaires.

Un mode constructif low-tech

Des torches de fibres de chanvre trempées dans de la chaux hydraulique sont empilées pour obtenir la forme souhaitée. Le mélange de fibres et de chaux garantit une résistance suffisante pour créer une enveloppe. Il n’y a pas de montant en bois ni d’armature en métal pour supporter la coupole. Les murs fabriquent par eux-mêmes le toit en se rejoignant au sommet. L’enveloppe créée se solidifie en séchant et devient très résistante avec le temps grâce à la carbonatation de la chaux. 
500 euros de fournitures et une vingtaine de jours de chantier pour une seule personne sont nécessaires au gros œuvre. À quoi il faut ensuite ajouter les huisseries et finitions.

Un habitat connecté à l’être-monde

La volonté d’habiter dans un espace aussi réduit et inédit s’accompagne évidemment du désir de vivre en étroite communion avec la nature. À commencer par le contact direct des habitants avec le sol naturel, juste rendu plus agréable au toucher par de la paille répandue dessus. La petite construction est pensée en tout point pour être en relation immédiate avec l’être-monde qui l’entoure. 

La kerterre, maison une et multiple

Une kerterre est un habitat rond de quelques mètres carrés, cependant il en faut plusieurs pour composer une maison. Cet habitat repose sur le principe que chaque kerterre est une pièce de la maison : il y a la kerterre salon, la kerterre chambre à coucher, la kerterre salle de bains, la kerterre chambre d’enfants… Elles peuvent être soit séparées géographiquement les unes des autres, comme c’est le cas sur le terrain d’Evelyne, soit reliées entre elles grâce à une amélioration du système constructif.

Lʼimpact bonifiant sur le « jardin jungle »

Pour Evelyne Adam, kerterres et jardin sont indissociables, cet habitat reposant sur la relation vertueuse avec son environnement. Adepte de la permaculture, elle considère l’impact humain comme bonifiant pour un terrain à partir du moment où la personne qui l’habite s’en occupe pour l’enrichir et le faire fructifier, mais sans entrer dans une logique productiviste. Dans son « jardin jungle », parfaite antithèse du jardin bien tondu de ses voisins, Evelyne reste en permanence à l’écoute de la nature pour coexister en symbiose avec elle.

ANATOMIE

1. Chanvre

On obtient la fibre de chanvre en la séparant de la chènevotte grâce à un processus de défibrage. On tire de cette plante 30% de fibre, 55% de chènevotte et 15% de poussière.

2. Chaux

La chaux est obtenue par la calcination 
d'un calcaire cuit à haute température (environ 800 degrés). Sa composition principale est le carbonate de calcaire. 

3. Granit

Des pierres de granit de gros calibre sont appareillées en pieds de murs pour supporter le mélange de chaux et chanvre et permettre ainsi une garde au sol suffisante.

4. Ardoise

Pour éviter les remontées d’humidité par capillarité dans les murs, des ardoises sont positionnées sur le hérisson qui permet d'écouler la pluie grâce à un drain en pente de 3%. 

5. Gravier

Un lit de gravier est réalisé pour assurer 
une rupture capillaire des éventuelles remontées d’humidité provenant du sol. 

 

6. Cailloux

Autour du drain, enveloppés par une membrane feutrée type géotextile, les cailloux assurent une bonne résistance mécanique et permettent l’écoulement des eaux pluviales.

 

7. Gouttière

Pour garantir une bonne évacuation des eaux et apporter une touche esthétisante aux kerterres, les gouttières sont travaillées comme des nervures d’une plante.

8. Courbure

Le pré-enduit de chènevotte et de chaux a pour but de faciliter 
la pose de l’enduit de finition. Il permet 
de lisser toutes les mèches apparentes 
au moment de la construction.

9. Chènevotte

Le pré-enduit de chènevotte et de chaux à pour but de faciliter la pose de l’enduit de finition. Il permet de lisser toutes les mèches apparentes au moment de la construction.

10. Enduit chaux

L’enduit de finition est réalisé avec du sable fin de 2mm et de la chaux qui permet avec le principe de carbonatation de durcir dans le temps.

11. Skydôme

Afin d’assurer une importante entrée 
de lumière zénithale et limiter ainsi l’utilisation d’électricité, un skydôme est réalisé en autoconstruction avec des matériaux récupérés.

12. Poêle à bois

Le volume très faible des kerterres, garanti par la compacité du système constructif, permet un système de chauffage très rapide et très performant à l’aide d’un simple poêle.

ÉTAPES DE CHANTIER

01.Fondations

2 jours

L’implantation est tracée à l’aide d’une corde reliée à un pieu central. Des fouilles de 40 cm de profondeur sont creusées sur la périphérie et comblées avec pierres, du gravier, puis du sable fin sur lequel vient reposer une semelle circulaire composée de deux rangs de grosses pierres assemblées avec un mortier 
à la chaux. Au centre est réalisé un hérisson de pierres puis de gravier qui sera ensuite recouvert de terre puis de chanvre en vrac.

02.Préparation mélange

1 jour

Les « mèches » composées 
de chanvre et de chaux constituent le matériau principal des kerterres. La chaux permet d’apporter étanchéité et inertie après séchage, tandis que 
les brins de chanvres apportent solidité, souplesse et isolation thermique à la structure. Chaque brin de chanvre d’environ 1 m de long est immergé dans le mélange. 
Il faut prendre soin d’enlever l’excédent de mélange avant 
la mise en œuvre.

03.Pose

des mèches

7 jours

La pose des mèches se fait au fur et à mesure, par superposition de couches d’environ 10 cm d'épaisseur. On commence par monter le mur verticalement sur 1 m avant la fermeture du dôme pour conserver 
un espace debout suffisant dans le volume intérieur. 
Les murs font 25 cm d’épaisseur en pieds de mur. Ils s’affinent progressivement pour atteindre 8 cm en partie haute de la structure pour éviter les risques de surcharge et garantir une bonne tenue dans le temps.

04.Ouvertures

2 jours

Les ouvertures peuvent prendre la forme de pavés de verre ou de menuiseries autour desquelles on vient adapter la sculpture des mèches de chaux chanvre. 
Il ne faut pas oublier également les aérations nécessaires à assurer le bon renouvellement de l’air et éviter la condensation. Pour une kerterre de 3m de diamètre, 4 en pieds de mur et 3 en partie haute sont nécessaires pour bien ventiler. Un conduit de cheminée est prévu pour accueillir 
un poêle à bois.

05.Enduit

5 jours

Une fois la structure du dôme terminée, on applique plusieurs couches d’enduit à la chaux pour un bel aspect fini et une étanchéité parfaite à l’eau et à l’air. Un premier pré-enduit, composé de chènevotte a pour but de lisser les irrégularités 
en surface des mèches superposées et d’harmoniser la forme finale de la kerterre avant d’appliquer une couche d’enduit de finition à la chaux. Celle-ci, par phénomène de carbonatation, durcit dans le temps.

06.Finitions

1 jour

Cette ambiguïté que cultive 
avec intelligence Evelyne Adam entre l’art, la sculpture et l’architecture, donne du sens et de l’ampleur à son travail. Certainement pas maniérés, 
les ornements sur les kerterres composent avec le climat. 
Ils organisent l’évacuation 
des eaux pluviales par un astucieux système de gouttière encastrée à la manière de nervures végétales et permettent de réutiliser l’eau en la canalisant dans des cuves de récupération.

EN CHIFFRES

21 jours
C'est le temps nécessaire à la construction d'une kerterre lors d'un chantier participatif.


10 personnes
C'est le nombre de paticipants en moyenne 
aux chantiers participatifs organisés.


500€
C'est le coût des matériaux de base nécessaires à la construction d'une kerterre de 3 m de diamètre.


1

Bûche est suffisante pour chauffer le volume 
très réduit des kerterres pour plusieurs heures

Profil habitant

POUR EN SAVOIR PLUS SUR LES KERTERRES:

paru aux éditions alternatives

si vous souhaitez être accompagnés pour réaliser vos projets de maisons écologiques

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